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Les tests in vitro revêtent à l'heure actuelle une grande
importance pour déterminer la biocompatibilité d'une susbstance.
Ils permettent d'éliminer rapidement les substances les plus toxiques
et évitent ainsi le sacrifice inutile
de bon nombre d'animaux ce qui n'est pas négligeable,
tant du point de vue éthique qu'économique. Les tests in vitro
n'excluent pas l'expérimentation animale, mais doivent être considérés
comme une première étape de discrimination avant les tests d'évaluation
de la biocompatibilité in vivo. Afin de rester conforme
au principe actuel d'évaluation de la cytocompatibilité : "évaluer in vitro
un biomatériau ou biomatériel potentiel face au système cellulaire
humain caractéristique du tissu auquel il va être confronté in
vivo" (Harmand, 1986),
nous avons pris comme modèle d'étude de culture, la culture de cellules
épithéliales de la trachée humaine pour étudier l'effet de gaz anesthésique
halogéné. Un tel modèle de culture de cellules différenciées humaine
doit être, préalablement à toute expérimentation, bien défini quant
aux paramètres de leur prolifération, à l'expression de leur phénotype
c'est-à-dire leur capacité à synthétiser in vitro les protéines
que ces cellules synthétisent in vivo.
Nous avons obtenu ces cellules en culture par la technique de sortie
d'explant, à partir de prélèvements effectués lors de dons d'organe.
Malgré la réussite de nombreuses sorties d'explant et la possibilité
de cultiver certains d'entre eux pendant plusieurs mois (4 à 5 mois),
nous n'avons pas obtenu autant de cellules que nous l'aurions souhaité.
Ceci est lié à la limitation de la capacité proliférative de cellule
différenciées (Hayflick, 1961) et a constitué l'étape restrictive
de notre travail.
Nous avons donc dans un premier temps, étudié le phénotype des
cellules obtenues in vitro et nous avons vérifié qu'il
correspondait au phénotype attendu exprimé in vivo. Dès
la sortie d'explant, des cellules de type épithélial respiratoire
(polygonales, jointives en pavés et en monocouche) ont été distinguées
d'un autre type cellulaire apparu de temps à autre dans nos cultures
: des cellules d'allure fibroblastique (allongées, avec de nombreuses
ramifications et en multicouche). Nous avons donc opéré une sélection
pour ne conserver en sous-culture que les cellules épithéliales.
Les critères morphologiques retenus (microscopie électronique) ont
permis de préciser la nature épithéliale des cellules cultivées
: présence de spécialisations de surface telles que les microvillosités
et de desmosomes entre les cellules.
Afin de confirmer le phénotype épithélial trachéal, nous avons
étudié l'expression par ces cellules des kératines 19, 18, 13 et
8 de la classification de Moll. L'expression simultanée de ces quatres
kératines, est caractéristique soit d'un épithélium trachéal, soit
d'un épithélium vésical (Moll, 1982), mais l'origine des prélèvements
n'était pas à mettre en doute !
Nous avons comparé l'expression de ces quatre kératines dans des
coupes de tissu (in vivo) et en culture cellulaire. Nous
avons constaté qu'elles étaient exprimées dans les deux cas et que
leur expression qualitative était comparable in vivo et
in vitro. Les études réalisées sur les kératines après
extraction cellulaire, séparation par électrophorèse et identification
en tant que telles à l'aide d'anticorps monoclonaux, ont montré
la présence de kératines de poids moléculaires compris entre 49,5
et 72 kD, alors que d'après la littérature, les poids moléculaires
des kératines d'un épithélium respiratoire sont théoriquement compris
entre 40 et 58 kD (Moll, 1982).
Ainsi les résultats obtenus, tant sur le gel d'électrophorèse que
sur les membranes de nitrocellulose ne s'accordent pas totalement
avec ceux de la littérature (Moll, 1982 ; Bordenave, 1993) et en
diffèrent par 2 points essentiels : non seulement les bandes obtenues
ont des poids moléculaires trop élevés par rapport à ceux attendus
(cependant avec un nombre de bandes identiques ; Bordenave, 1993),
mais plusieurs poids moléculaires sont reconnus par un seul et même
anticorps avec en outre, des réactions croisées entre les anticorps
par rapport aux protéines isolées (notamment 67 kD).
Si l'on postule que la technique d'extraction des kératines est
fiable puisque depuis sa mise au point (Francke, 1978), son utilisation
est souvent citée dans les publications (Domingo, 1992), la présence
de protéines contaminantes comme l'albumine sérique (PM : 67 kD)
est peu probable car elle est pratiquement absente du milieu de
culture (tout au plus 0,004 % en concentration finale) et n'aurait
aucune raison d'être reconnue par des anticorps anti-kératines
S'agissant de la spécificité des anticorps liée à la reconnaissance
d'un type cellulaire, elle ne peut pas être mise en doute puisque
ni les fibroblastes parfois présents dans nos cultures, ni les cellules
endothéliales vasculaires n'ont été révélés par ces anticorps. De
plus, le deuxième anticorps marqué à la péroxydase et utilisé pour
révéler les anti-kératines n'est pas retenu de façon spécifique
sur les membranes de nitrocellulose.
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Nous nous sommes assuré auprès de
la Société Boehringer qu'il pouvait exister des reconnaissances
aspécifiques de certaines kératines avec les anticorps monoclonaux
que nous avons utilisés (tableau
n°4) : par exemple l'anti-K19 peut reconnaître
outre la kératine 19, les kératines épithéliales trachéales
5, 6, 13, 14 et 15 ; le même raisonnement peut être appliqué
pour l'anti-K18 et l'anti-K13. Par conséquent, il semble bien
que les bandes révélées correspondent à des kératines synthétisées
par les cellules mais kératines probablement très modifiées
par nos conditions de culture et les hypothèses avancées pour
tenter d'expliquer ces résultats pourraient inclure une modification
des protéines au niveau de la séquence en acide aminés, ou une
modification des protéines à type de glycosylation. Ce dernier
phénomène a d'ailleurs été décrit dans la littérature (Domingo,
1992). |
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Une déglycosylation (par digestion enzymatique à l'aide de
glycosidase) des protéines avant la migration devrait permettre
d'aller plus avant. La séparation en monomères de kératines,
telle que nous l'avons réalisée en conditions dénaturantes
(SDS) et réductrices (b mercaptoéthanol) est peut être insuffisante puisque certains
auteurs (Franke, 1983) préconisent comme dénaturant l'utilisation
d'urée à la concentration de 8 à 10 M pour éviter la réassociation
des monomères de kératines ; ce phénomène de formation de
paire (types acide-basique) est bien connu (Sun, 1984 ; Hatzfled,
1985) particulièrement pour les kératines 8 et 18. L'observation
sur la photo n°22
d'une bande aux environs de 100 kD pourrait correspondre à
ce phénomène. En outre, la phosphorylation des filaments intermédiaires,
bien connue in vitro (Domingo, 1992) est un facteur
supplémentaire s'opposant à la dissociation des cytokératines.
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Faute de nombreux prélèvements, nous avons maintenu les explants
en culture le plus longtemps possible, ce qui nous a permis de constater
au fil des repiquages un certain nombre de midifications, classées
en deux groupes :
1) La coexistence
de cellules épithéliales et de cellules fibroblastiques (dont la
nature a été confirmée par immunomarquage avec un anticorps anti-vimentine)
dont certaines (avoisinant les cellules épithéliales) sont également
marquées pau un cocktail d'anticorps anti-cytokératine (AE1/AE3). Ce phénomène pourrait être rapproché
de celui qualifié par certains auteurs (Benali, 1991) de transition
de cellules épithéliales en cellules fibroblastoïdes.
2) La perte de l'inhibition
de contact cellulaire associée à l'augmentation de l'expression
de la kératine 13 et à des modifications morphologiques intracellulaires.
Ces constatation correspondent probablement à ce que les auteurs
décrivent, quand ils définissent le phénotype squameux (Chopra,
1989 ; Jetten, 1989a,b,c, 1992).
Le phénotype squameux, tant in vivo qu'in vitro
est fortement dépendant de la présence de rétinoïdes. In vivo
par exemple, tant chez l'Homme que chez les rongeurs, la déficience
eb vitamine A (rétinol) et/ou les agressions toxique ou mécaniques
sont responsables de la transformation de l'épithélium trachéal,
qui d'un caractère pseudostratifié, évolue vers un épithélium stratifié
et squameux (Wong, 1971 ; Keenan, 1983). Cette transformation est
réversible en présence de rétinoïdes (Gouveia, 1982).
L'acide rétinoïque apparaît déterminant en culture pour la voie
de différenciation empruntée par les cellules épithéliales trachéales
(Rearick, 1989). En absence d'acide rétinoïque, les cellules se
dirigeront vers une différenciation squameuse tandis qu'en présence
d'acide rétinoïque, les cellules se dirigeront vers une différenciation
mucosécrétoire. Nos résultats sont en accord avec ces onbservations.
Il semble que nos cellules cultivées en absence d'acide rétinoïque
adoptent un phénotype squameux, objectivé par une perte de l'inhibition
de contact (stratification de l'épithélium), la formation probable
d'une enveloppe cornifiée (marquage membranaire intense avec l'anticorps
AE1/AE3) et une augmentation de l'expression de la kératine 13. En revanche,
les cellules cultivées en présence d'acide rétinoïque semblent exprimer
un phénotype mucosécrétoire qui se traduit par une diminution de
la prolifération, une augmentation de la sécrétion de glycoconjugués
et peut-être des modifications des vésicules intracytplasmiques.
Ces phénomènes ont été observés par certains auteurs (Chopra, 1989)
aux mêmes concentrations d'acides rétinoïque (10-10 à
10-6 M) que celles que nous avons utilisées (Chopra,
1989 ; Jetten, 1992). Il semble que la présence d'acide rétinoïque
soit nécessaire dans la composition du milieu de culture de cellules
épithéliales. Bien que certains auteurs utilisent l'acide rétinoïque
(10-8 M) en routine dans le milieu de culture (Benali,
1991), il est difficile d'apprécier quelle doit être la concentration
d'acide rétinoïque à utiliser et à quel moment doit être supplémenté
la milieu de culture. Il faut pouvoir augmenter la différenciation
en type mucociliaire sans pour autant inhiber trop précocément la
prolifération cellulaire. La différenciation squameuse étant décrite
comme réversible, nous avons opté dans ce travail pour une supplémentation
en acide rétinoïque au 5ème jour de culture, de façon
à laisser les cellules se multiplier.
Concernant l'application du modèle à l'étude de gaz anesthésique,
notre étude s'est limitée à l'halothane car nous n'avons pu obtenir
que tardivement l'appareillage complet du circuit de gaz. De plus,
le réceptacle a nécessité des perfectionnements techniques pour
être adaptés à notre propos. La mise au point du protocole de contact
a nécessité :
- d'adapter le débit d'air : trop important, il induit une évaporation
accélérée du milieu de culture (plus de 500 µl en 6 heures) privant
ainsi les cellules de substance nutritive et provoquant une réaction
faussement positive de cytotoxicité,
- de mesurer de façon séquentielle la concentration en CO2
et en halothane par l'analyseur faute de quoi l'aspiration constante
de gaz dans le réceptacle (de petit volume) est responsable de l'élimination
de l'halothane avant même qu'il ne soit solubilisé dans le milieu
de culture, provoquant ainsi une réaction faussement négative de
toxicité.
Nous avons pu détecter une altération drastique de l'activité des
cellules mises en présence de 5 % d'halothane. Ces résultats, bien
que différents du point de vue expérimental, rejoignent ceux obtenus
par certains auteurs qui ont étudié l'effet de l'halothane sur les
courants ioniques cellulaires. L'halothane (0,6 à 4 %) aurait une
action inhibitrice sur les canaux Ca2+, Na+
et K+ des cellules musculaires lisses de la paroi coronaire
canine (Buljubasic, 1992) et ceux des préparations d'épithélium
trachéal canin (Pizov, 1992). Pour ces derniers auteurs, l'altération
de sécrétion fluide résultante pourrait contribuer in vivo
à ralentir la clairance mucociliaire dans la période périopératoire.
Ce phénomène est bien connu en clinique et favorise les complications
pulmonaires post-opératoires des sujets hypersécrétants.
Les seuls tests in vitro publiés ont été réalisés sur
des érythrocytes humains, montrant une inhibition par l'halothane
de l'activité Ca2+-ATPase de la membrane plasmique (Kosk-Kosicka,
1993) ainsi qu'une toxicité de l'halothane (0,3 à 0,7 %) sur des
hépatocytes de rat en culture (Wodey, 1993). Les sites précis d'action
de l'halothane restent encore à ce jour inconnus.
Cette méthode d'investigation de l'effet de l'halothane jusqu'alors
inexplorée montre que la cytotoxicité sur les cellules épithéliales
trachéales en culture n'apparait qu'à partir d'une concentration
supérieure à 3 %. Cette concentration est supérieure à celle utilisée
en clinique (1,5 à 2 %). Ces résultats ne sont que préliminaires
et il est nécessaire de les affinier en matière de seuil de concentration
d'halothane et de temps de contact. Ces expérimentations pourraient
être suivies par l'étude d'autres halogénés utilisés en clinique
tels que l'isoflurane ou l'enflurane. Elles pourraient être complétées
par l'étude de la sécrétion de glycoconjugués afin d'appréhender
in vitro une éventuelle modification des capacités sécrétoires
des cellules sous l'influence des anesthésiques halogénés.
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