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Il est communément admis que les études de
biocompatibilité chez l'animal, coûteuses, longues, d'interprétation
délicate où il est difficile d'obtenir une approche statistique
fine des résultats, ne doivent être réalisées qu'en dernière intention,
après des études in vitro utilisant des cellules, des tissus
ou des organes en culture ou non. Ainsi, le
développement de tests in vitro offre des moyens
qui permettent de faire la part entre biomatériaux potentiellement
utillisables et biomatériaux non adaptés à des applications chez
l'Homme (Kirkpatrick, 1990). Le principe de toute culture in
vitro est de maintenir vivants, en dehors de l'organisme, un
organe, un tissu ou des cellules non organisées en tissu mais capables
de se diviser et d'exprimer in vitro métabolisme et fonctions
spécifiques (Sigot, 1992).
L'absence de toxicité d'une substance destinée au contact avec
des tissus vivants doit être démontrée et la cellule peut être considérée
comme la plus petite unité fonctionnelle susceptible de percevoir
le potentiel toxique éventuel attaché à cette substance. C'est pourquoi
notre travail a consisté en l'obtention d'un
modèle de culture de cellules épithéliales trachéobronchiques d'origine
humaine, avec comme objectif l'utilisation de ce modèle pour
étudier l'influence de gaz anesthésique.
Un tel modèle de culture avait déjà été mis au point au laboratoire,
mais il nous a été demandé (préalablement à l'étude des gaz) d'affiner
la caractérisation phénotypique de ces cellules. En effet, s'agissant
de la différenciation de ces cellules en culture, la revue de la
littérature fait appel à plusieurs possibilités d'expression phénotypiques,
d'après les conditions de culture (Jacquot, 1990 ; Benali, 1991)
et en particulier de la présence ou non d'acide
rétinoïque (Mc Dowel, 1987 ; Jetten, 1987, 1989a,b,c, 1992
; Chopra, 1989 ; Lotan, 1992 ; Saunders, 1993). En effet, il est connu que l'acide rétinoïque joue un rôle central dans
la différenciation des progéniteurs trachéobronchiques in vitro (figure
n°1).
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En absence d'acide rétinoïque, il y a induction d'une différenciation
appelée différenciation squameuse.
Cette différenciation se traduit entre autres par une augmentation
des tonofilaments (Jetten, 1989a), une perte de l'inhibition
de contact (Chopra, 1989), une augmentation du sulfate de cholestérol
(Rearick, 1987), une augmentation de l'activité transglutaminase
de type I (Jetten, 1987, Saunders, 1993), enzyme qui catalyse
la formation d'une enveloppe réticulée : il s'agit d'une couche
organisée de protéines déposée sous la membrane plasmique (épaisseur
approximative 120 Ä, dense aux électrons) et particulièrement
caractéristique du phénotype squameux. Ce processus de formation
d'enveloppe est appelé "cornification" par les anglo-saxons.
La différencition squameuse est physiologique dans certains
tissus tels que l'épithélium de la peau et de l'oesophage. Par
contre, la différenciation squameuse de l'épithélium respiratoire
n'est observée in vivo que dans des conditions pathologiques
(Keenan, 1983 ; Gouveia, 1982). |
Par contre, la présence in vitro d'acide rétinoïque, induit
la différenciation en cellule mucociliaires
(Jetten, 1992). Il a aussi été décrit in vitro que la présence
d'acide rétinoïque induisait des modifications concernant les polarité
et prolifération cellulaires, ainsi que la sécrétion de granules
(Chopra, 1989). Des transitions de cellules épithéliales en cellules
fibroblastiques ont également été observées in vitro (Benali,
1991).
Nous avonc donc tenu compte de ces problèmes dans notre travail.
C'est pourquoi la caractérisation des cellules épithéliales, avec
pour but la mise au point d'un modèle d'évaluation de l'influence
de gaz anesthésique, a été complétée par l'étude de la modulation
de l'activité cellulaire en fonction de certaines conditions de
culture (présence ou non d'acide rétinoïque).
Les agents anesthésiques usuels par inhalation sont utilisés comme
étant des produits anesthésiques narcotiques provoquant la perte
de conscience des patients. En pratique, l'effet anesthésique est
une fonction directe de la concentration alvéolaire d'anesthésique.
La concentration alvéolaire minimale (CAM) est définie comme celle
qui supprime les réactions à un stimulus douloureux chez 50% des
patients (Lienhart, 1987). Ce paramètre est variable d'un produit
anesthésique à l'autre. L'effet anesthésique recherché est obtenu
et adapté au cours de l'acte anesthésique en faisant varier la concentration
des produits halogénés. En pratique, une concentration alvéolaire
1,5 à 2 fois plus grande que la CAM (0,75% pour l'halothane,
gaz que nous avons étudier) est nécessaire pour obtenir un effet
satisfaisant. Une concentration élevée peut s'accompagner d'effets
indésirables sur l'appareil cardio-circulatoire mais également sur
l'appareil d'échange gazeux en particulier la structure trachéo-broncho-alvéolaire.
La démarche de l'anesthésiste est donc d'adapter au sujet l'anesthésique
d'une part, et la façon de délivrer l'anesthésique choisi d'autre
part, pour atteindre le but fixé, en règle une narcose autorisant
le geste chirurgical, sans mettre la vie du sujet en danger.
Lors d'une anesthésie, les patients présentent
souvent des complications respiratoires per et postopératoires
dont les mécanismes physiopathologiques sont complexes. Un des buts
de la recherche en anesthésie générale est de mieux connaître les
effets cellulaires des anesthésiques.
Un des sites d'action des anesthésiques est représenté par l'épithélium
trachéo-bronchique et l'existence d'altérations épithéliales pourraient
expliquer les complications respiratoires observées. A ce jour,
peu d'études in vitro ont été rapportées dans la littérature
concernant l'effet comparé des anesthésiques halogénés volatils
utilisés en clinique : elles ont été essentiellement réalisées sur
des érythrocytes humains isolés (Kosk-Kosicka, 1993), ou des cultures
d'hépatocytes de rat (Wodey, 1993) ou sur des préparations tissulaires
animales isolées (Buljubasic, 1992 ; Blancj, 1992 ; Pizov, 1992),
mais en aucun cas sur des cultures de cellules épithéliales trachéales.
Notre travail comprendra donc deux
parties : la caractérisation et l'amélioration du modèle, suivies
d'une étude très préliminaire concernant l'effet de l'air véhiculant
un anesthésique halogéné sur l'activité métabolique des cellules
de ce modèle.
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